14 juillet 2026 – Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.com.

Contrairement à ce que pensent certains, la loi de 1880 qui instaure la fête nationale ne précisait pas quel 14 juillet était célébré.

Est-ce la prise de la Bastille du 14 juillet 1789 ou le 14 juillet 1790, fête de la Fédération ? La loi ne le dit pas. Elle dit seulement : « La République adopte le 14 juillet comme jour de fête nationale annuelle. »

  • Ce flou semble avoir été voulu. L’ambiguïté était volontaire :
  • Le 14 juillet 1789, la prise de la Bastille est le symbole de la chute de l’absolutisme (assez contestée par de nombreux historiens)
  • Le 14 juillet 1790 : la Fête de la Fédération, une immense cérémonie d’unité nationale au Champ-de-Mars où le roi, les députés et les représentants des provinces prêtent serment à la Constitution naissante.
  • Beaucoup de républicains modérés de 1880 insistaient sur cette seconde date, jugée plus consensuelle. Mais les républicains sont aujourd’hui moins modérés, et parler d’un roi qui célèbre l’unité nationale, ça fait mauvais genre dans les couloirs de l’Education nationale.

Et vous, quel 14 juillet célébrez-vous ?

Celui de la violence de la prise de la Bastille ?

Le 14 juillet 1789 n’a pas été une journée de tout repos. Après la reddition de la Bastille, son gouverneur, Bernard-René de Launay, est tué par la foule, décapité, et sa tête est promenée au bout d’une pique. Vous célébrez ça ? D’autres personnes sont également lynchées. Célébrer cette journée, c’est célébrer ces violences.

Les massacres et le premier cas de terrorisme – qui porte le nom de la Terreur

Le 14 juillet marque le début d’un processus révolutionnaire qui conduit aux massacres de septembre 1792, puis au terrorisme (la Terreur de 1793-1794), à des milliers d’exécutions par guillotine, à des massacres de masse, notamment le génocide Vendéen.

Je repose ma question : célébrez-vous ce 14 juillet-là ? Parce que si le 14 juillet célèbre les valeurs démocratiques et l’unité nationale, on est loin du compte.

Fin de « l’absolutisme », vraiment ?

Les manuels scolaires m’ont trompé dans les grandes largeurs. Ils ont présenté l’Ancien Régime comme une monarchie absolue où le roi décidait de tout. Ils mentaient. En réalité, le pouvoir royal était limité par de nombreux contre-pouvoirs :

  • les parlements pouvaient retarder l’enregistrement des lois ;
  • les privilèges provinciaux ;
  • les coutumes locales ;
  • l’Église ;
  • les corps de métiers ;
  • les finances royales, souvent exsangues.

Autrement dit, la monarchie française était beaucoup moins « absolue » que ne veut bien le dire la formule qu’il m’était interdit de mettre en doute. En France, on doit détester la royauté. Point.

1790, la vraie fête de l’unité. Problème : la République est antimonarchique et Louis XVI prête serment à la Constitution

Le 14 juillet 1790 est la vraie fête d’unité nationale. Louis XVI y prête serment à la Constitution. Et à cette date, la très grande majorité des révolutionnaires ne veulent pas abolir la monarchie ; ils souhaitent une monarchie constitutionnelle, comparable à celle de l’Angleterre.

En conséquence, lorsque la Troisième République choisit le 14 juillet comme fête nationale en 1880, elle a en tête la Fête de la Fédération de 1790, précisément parce qu’elle représente l’unité du pays plutôt que la violence, l’horreur et le terrorisme révolutionnaire.

Les réalisations de la monarchie

  • Construction progressive de l’État français ;
  • Unification du territoire ;
  • Développement de l’administration, de la justice et de la langue française ;
  • Rayonnement culturel sous les Valois et les Bourbons.

Donc : on nous a vendu des caricatures, mais ni l’Ancien Régime n’était un système entièrement figé et oppressif, ni la Révolution une marche linéaire vers la liberté.

Et vous, vous célébrez quoi déjà ?

Les mensonges de la révolution

La Déclaration de 1789 affirme des principes très généraux : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. » Sauf que l’arnaque a immédiatement suivi et elle a annulé les grands principes :

  • les femmes n’ont pas obtenu les droits politiques ;
  • l’esclavage dans les colonies a été maintenu en 1791 (avant son abolition en 1794, puis son rétablissement par Napoléon en 1802) ;
  • les opposants politiques ont été privés de libertés pendant la Terreur ;
  • les Juifs ont obtenu l’égalité civile, mais dans une logique de négation du judaïsme, par intégration individuelle à la nation plutôt que de reconnaissance d’une communauté. Pire encore, accorder l’égalité aux Juifs supposait que ceux qui la leur donnaient se situaient au-dessus d’eux, et pouvaient la leur retirer.

En fait, la Révolution française a utilisé le langage du droit naturel pour renverser l’Ancien Régime, mais elle avait en tête le droit positif pour conserver les privilèges idéologiques d’une nouvelle caste : les hauts fonctionnaires, les intellectuels et les détenteurs du savoir administratif. Dès lors, celui qui contrôle la production de la loi contrôle aussi la définition des droits. L’Etat français est passé du statut de garant des droits à celui de source ultime des droits.

Vous célébrez quoi au juste ?

Une rupture révolutionnaire (1789) ou une fête d’unité nationale (1790) ?

  • le 14 juillet 1790, des fédérations de gardes nationales viennent de toute la France. Des représentants des départements et le roi Louis XVI et Marie-Antoinette participent à une cérémonie au Champ-de-Mars. Le roi prête serment à la Constitution. L’événement vise à réconcilier la monarchie et la Révolution. Ce n’est pas une journée de massacres, de renversements et de persécutions, mais d’unité vraie.
  • le 14 juillet 1789, ce sont les violences des journées révolutionnaires ; les massacres de septembre 1792 ; le terrorisme qu’on appelle La Terreur ; la guerre civile, le génocide Vendéen ; et les persécutions religieuses.

Que choisissez-vous de commémorer, ce 14 juillet ?