07 février 2026 – https://www.lejdd.fr/I – https://www.facebook.com/soschretiensdorient
En Syrie, l’Union européenne ignore la détresse des chrétiens tout en dénonçant la « persécution » d’anciens djihadistes de l’État islamique. Benjamin Blanchard, directeur général de SOS Chrétiens d’Orient, dénonce un « déni de réalité ».
Il y a quelques jours à peine, le 31 janvier, un jeune Syrien chrétien de 21 ans a été tué à bout portant dans sa voiture par deux hommes armés. Difficile de dire si le crime était uniquement crapuleux ou s’il était motivé par des motifs religieux. Parce que dans la Syrie de 2026, ce type d’assassinat est devenu hélas courant.
Chaque jour ou presque, des chrétiens, comme tous les Syriens, sont la cible de menaces, d’intimidations, d’agressions, de chantages, d’enlèvements, de la part de bandes armées sur fond de délitement de l’État. Sont principalement touchées les campagnes, puisque les nouvelles autorités tentent, tant bien que mal, d’assurer un ordre précaire dans les grandes villes. Et encore, pas toujours…
On se souvient qu’au mois de juin dernier, un terrible attentat a fait 23 morts et une soixantaine de blessés, à Damas, lors de la divine liturgie dominicale, dans l’église grecque orthodoxe Saint-Élie. Le premier attentat contre une église chrétienne pendant le culte depuis 1860…
Persécution rampante
C’est vrai qu’en Syrie, il n’y a pas de persécution institutionnelle ; c’est vrai qu’en Syrie, le culte est possible. Les festivités de Noël ont été célébrées sous la protection des forces de sécurité. Mais cela n’empêche en rien cette insécurité du quotidien.
Mais il ne faut pas fermer les yeux sur l’imprégnation de plus en plus sensible de la loi islamique dans la vie quotidienne. Et cela est particulièrement vrai dans le domaine judiciaire. Ainsi, par exemple, désormais, il faut être musulman sunnite pour être juge. Autre exemple : les fonctionnaires des institutions judiciaires de la minorité druzes ou de confession alaouite ou chrétienne ont été renvoyés.
Un rapport déconnecté de la réalité
C’est pour cela que la publication, en toute discrétion en décembre dernier, du rapport sur la Syrie de l’Agence de l’Union européenne pour l’asile, est proprement scandaleuse. On en rirait, si la situation de nos amis chrétiens de Syrie n’était pas si dramatique ; on hausserait les épaules devant tant de bêtises, si beaucoup de Syriens chrétiens ne voyaient pas en l’exil leur seul avenir.
On y lit ainsi, qu’« étant donné que les actes de persécution contre les chrétiens sont rares, une crainte fondée de persécution ne pourrait être établie que dans des cas exceptionnels ». Difficile de faire plus déconnecté de la réalité ! Nous l’avons vu.
Et la chose devient doublement scandaleuse, quand quelques pages plus haut, les rédacteurs du même rapport s’inquiètent du sort des
« personnes ayant des liens présumés avec l’État islamique ». Y est alors dénoncé un « risque de persécution (sic) » pour « opinion politique (re-sic !) ».
En d’autres termes, avoir appartenu à l’organisation État islamique est une simple « opinion politique » et ceux qui sont liés avec cette organisation terroriste sont possiblement victimes de persécution… Et ce risque de persécution qui pèse sur les anciens djihadistes pourrait donc faciliter leur accueil en Europe.
Chez SOS Chrétiens d’Orient, nous ne souhaitons pas encourager l’exil des chrétiens. Comme le disait le cardinal Mario Zenari, nonce apostolique en Syrie de 2008 à janvier dernier, l’exil est « une blessure grave pour l’Église, mais aussi pour le pays ». Cependant, si des dossiers de ressortissants syriens devaient être examinés en priorité, ce seraient bien les leurs et non ceux de personnes ayant des liens présumés avec l’État islamique…
Il serait plus aisé pour un ancien membre de l’organisation Etat islamique d’obtenir l’asile en Europe que pour un chrétien syrien !
Bref, c’est le monde à l’envers !
