11 avril 2026 – https://www.facebook.com/profile.php?id=61580071452201 – https://www.facebook.com/profile.php?id=100090685519951
Colette : Très bonne exhortation trouvée sur FB de notre frère Ph Tarabon
Il y a quelques mois, j’ai reçu le message d’une femme ( appelons-la Amara ) qui vivait dans une ville d’Afrique de l’Ouest. Elle avait rejoint une église évangélique après la mort de son mari, cherchant ce que nous cherchons tous dans ces moments-là : un peu de lumière, un peu de compagnie, et peut-être une raison de continuer. Elle avait trouvé autre chose.
- Le pasteur avait déclaré, devant l’assemblée, qu’elle était sorcière.
Son crime ? Elle avait survécu. Son mari était mort, ses enfants étaient malades, et quelqu’un devait bien en être responsable. La communauté avait besoin d’une explication. Elle avait fourni un visage.
Je pense souvent à Amara lorsque je lis les Évangiles. Je pense à ces femmes que Jésus a rencontrées aux marges… la veuve de Naïn, la femme courbée depuis dix-huit ans, la Syrophénicienne que ses propres disciples auraient volontiers renvoyée. À chaque fois, Jésus va vers la personne que la foule désigne du doigt, et il fait exactement le contraire de ce que la foule attend. Il ne confirme pas l’accusation. Il touche.
- Je me demande ce que Jésus aurait dit en entrant dans l’église d’Amara.
Je dois être honnête sur quelque chose : je crois au mal spirituel. Ce n’est pas une position courageuse dans les milieux académiques où j’ai parfois évolué, mais c’est la mienne. Les Évangiles sont remplis d’une réalité que nos catégories modernes peinent à nommer. Jésus lui-même prenait au sérieux la dimension invisible du conflit humain. Je ne suis pas de ceux qui réduisent l’univers à ce que notre rationalité peut mesurer.
Mais ( et c’est un mais qui pèse lourd ) il y a une différence immense entre prendre le mal au sérieux et en faire la grille de lecture de toute existence. Il y a une distance sidérante entre l’Évangile de Jésus-Christ et une religion dont le centre de gravité est l’expulsion permanente des démons.
Colette : Tout à fait d’accord, mais il y a malheureusement les 2 extrêmes, ceux qui chassent les démons et ceux qui n’en parlent jamais. mais notre centre doit rester Christ
Cette distance, je l’ai vue se creuser dans des communautés évangéliques à travers le monde, particulièrement et il faut avoir l’honnêteté de le dire… dans certaines Églises africaines qui ont absorbé les catégories locales de sorcellerie sans les soumettre à un examen biblique sérieux. Le résultat est une religion hybride : on confesse le Christ des lèvres, mais la logique profonde reste celle de la suspicion, du soupçon, de la désignation de coupables. On a rebaptisé des peurs très anciennes avec un vocabulaire chrétien, et on a appelé ça de la délivrance.
Colette : Très bonne constatation, des serviteurs qui ont été ou reviennent d’Afrique disent que le matin, pour certains, c’est l’Eglise, l’après-midi le sorcier du village, religion hybride est un gentil mot, ces gens auront tôt ou tard besoin de véritable repentance et conversion
- C’est une victoire de la culture sur l’Évangile, habillée en victoire de l’Évangile sur la culture.
La grande tentation de toute religion, j’en suis convaincu, est l’explication. Les gens viennent à l’Église
- avec leurs souffrances,
- leurs maladies,
- leurs deuils,
- leurs familles en morceaux
et ils veulent savoir pourquoi. C’est humain. C’est même profondément humain. Job aussi voulait savoir pourquoi.
Mais l’Église qui répond trop vite fait une chose terrible : elle transforme la douleur en verdict. Elle prend un être humain brisé et lui dit :
- tu es brisé parce que quelqu’un t’a ensorcelé,
- ou parce que tu as ouvert une porte spirituelle,
- ou parce qu’un ancêtre a mal agi.
Et soudain, la question de la souffrance… qui est peut-être la question la plus honnête qu’un être humain puisse poser à Dieu… disparaît sous une cascade d’accusations.
J’ai lu quelque part cette phrase terrible et juste : dans ces milieux,
- l’Église ne console plus : elle désigne.
- elle n’éclaire plus : elle accuse.
- elle ne libère plus : elle surveille.
On reconnaît là quelque chose que Jésus avait en horreur. Ses conflits les plus vifs ne furent pas avec les pécheurs notoires, mais avec les experts religieux qui transformaient la foi en système de surveillance.
« Vous chargez les gens de fardeaux impossibles à porter, et vous ne les touchez pas vous-mêmes du bout du doigt. » Ces mots brûlent encore.
Ce qui me trouble le plus dans cette dérive n’est pas seulement son absurdité théologique… bien qu’elle soit réelle. Ce qui me trouble, c’est qui elle frappe.
Invariablement, l’accusation de sorcellerie ne tombe pas sur les puissants.
- Elle tombe sur les enfants.
- Sur les veuves.
- Sur les personnes âgées.
- Sur les malades mentaux que l’on ne sait pas soigner autrement.
- Sur ceux dont la différence dérange.
- La communauté apeurée cherche un bouc émissaire, et elle le choisit toujours parmi les plus fragiles.
Colette : Ces attitudes ressemblent étrangement à ce qui veut mettre en place la loi euthanasie, si on dit que cette loi (si elle passe) est diabolique, que dire de ces églises ??
C’est-à-dire : exactement ceux que l’Évangile désigne comme les bénéficiaires premiers de la grâce de Dieu.
Il y a quelque chose de profondément pervers dans une Église qui retourne ainsi l’Évangile.
Jésus dit : heureux les pauvres en esprit, les affligés, les doux, ceux qui ont faim et soif de justice. Une certaine théologie de la sorcellerie répond : méfie-toi d’eux, car leur malheur est suspect.
Accuser sans preuve au nom de Dieu n’est pas de la piété. C’est une violence. C’est même, dans ses cas les plus graves ( et ils existent, documentés, tragiques ) une forme de torture religieuse.
- Je me suis souvent demandé ce que cela fait à l’image de Dieu.
Dans les textes que j’ai écrits sur la grâce, j’ai essayé de montrer comment nos représentations de Dieu façonnent silencieusement toute notre existence spirituelle.
- Un Dieu aimant produit une foi différente d’un Dieu vengeur.
- Un Dieu qui guérit produit une communauté différente d’un Dieu qui distribue des punitions déguisées en malchance.
Quand l’obsession de la sorcellerie s’installe au cœur d’une Église, Dieu change de visage.
- Il n’est plus le Père qui court vers le fils prodigue. Il devient le gestionnaire nerveux d’un combat occulte dont l’issue est incertaine.
- Le salut rétrécit : il devient technique de protection.
- La prière rétrécit : elle devient contre-sort.
- Le pasteur rétrécit : il devient spécialiste en extraction de démons.
Et l’Évangile ? Cette nouvelle folle et magnifique que Dieu aime les humains au point d’entrer dans leur chair et de mourir de leur mort… l’Évangile se vide peu à peu de sa substance, comme un ballon qu’on a percé.
- Ce n’est pas une perte mineure. C’est une catastrophe spirituelle au ralenti.
Je ne veux pas terminer sur une leçon de morale. Ce n’est pas vraiment mon genre, et je ne suis pas qualifié pour donner des leçons aux Églises d’une culture que je n’habite pas.
Mais je voudrais dire ceci, à toute personne qui lit ces lignes et qui a vécu sous le poids de ces accusations ou qui connaît quelqu’un qui l’a vécu : ce n’est pas l’Évangile. Ce que vous avez subi n’est pas l’Évangile.
L’Évangile dit que le Christ porte les accusés. Que la loi du péché et de la mort a été brisée, une fois pour toutes, sur une croix. Que rien ( ni puissance, ni domination, ni aucune autre créature ) ne peut vous séparer de l’amour de Dieu. Ce ne sont pas des formules pieuses : c’est la structure même de la réalité chrétienne.
Colette : Rappelons tout de même que la loi du péché et de la mort a été brisée sur la croix, si vous restez attacher à la croix, si vous ne retourner pas sous la loi du péché, si vous marchez selon l’Esprit et non selon la chair, alors là vous ne serez pas séparé de l’amour de Dieu, c’est une chose qu’il faut aussi rappeler, pour être complet. Attention à ceux qui prêchent l’hyper grâce, où il n’y a plus de péché.
Une Église qui parle beaucoup de délivrance mais qui produit de la peur, de l’exclusion et de la violence n’annonce pas la liberté. Elle institutionnalise l’oppression sous un vernis sacré.
Et là où l’oppression se drape de sacré, Jésus traverse la foule, s’arrête devant la personne accusée, et demande : Que veux-tu que je fasse pour toi ?
Pas : De quoi es-tu coupable ?
Pas : Quelle porte as-tu ouverte ?
Mais : Que veux-tu que je fasse pour toi ?
Cette question est l’Évangile. Tout le reste est commentaire.
La grâce ne supprime pas le discernement elle lui donne une boussole. Et cette boussole pointe toujours vers la personne vulnérable, jamais vers la désignation du coupable.
