1er mars 2026 – By Jean-Patrick Grumberg – Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.com.
D’abord, Shlomo Sand commit « Comment le peuple juif fut inventé », qui fit doucement sourire les Juifs aux 3000 ans d’une histoire à rebondissements, mentionnée dans un ouvrage confidentiel qu’un milliard et demi de chrétiens appellent la Bible.
Les antisionistes applaudirent un temps mais ça ne leur suffisait pas.
- Et puis Sand se fit humilier– publiquement– une première fois par son propre camp lorsqu’ Haaretz (Note : journal de gauche israélien) lui demanda quelle était sa compétence pour écrire sur un sujet pour lequel il n’avait aucune aptitude, et qu’il fut contraint d’avouer, candide et contrit, qu’il ne connaissait pas un mot du sujet :
Il est vrai que je suis un historien [spécialisé dans l’étude] de la France et de l’Europe, et pas de la période ancienne… Je savais qu’en commençant à traiter de ces périodes, je m’exposais aux critiques virulentes des historiens spécialisés…
- Il se fit une seconde fois démolir par Pierre-André Taguieff dans «La Nouvelle Propagande antijuive».
Quoi qu’il en soit, par ces dénis et ces accusations, les Juifs sont transformés en représentants du non-peuple juif, et à ce titre chassés comme des intrus du concert des nations. Tous les individus humains sont censés avoir droit à une nation ou à un État. Sauf les Juifs.
Le succès en France– ou, plus exactement, dans la France intellectuelle et médiatique– de l’indigeste pamphlet, à la fois « post-sioniste » et « antisioniste », de l’historien d’extrême gauche israélien Shlomo Sand s’explique par le fait qu’en affirmant que le peuple juif n’existe pas, qu’il n’est qu’une fiction idéologisée par des leaders nationalistes aux XIXe et XXe siècles , il paraît justifier historiquement la principale proposition des antisionistes radicaux : l’élimination de l’État d’Israël.
Pourquoi un « peuple » imaginaire, un non-peuple, devrait-il bénéficier d’un État-nation indépendant et souverain ? Les Juifs peuvent dès lors être traités comme s’ils étaient étrangers au genre humain, formé de « peuples » tous respectables, libres de se donner un État.
- Le coup de grâce fut donné par « L’ADN des enfants d’Abraham », une étude publiée par Newsweek qui concluait que « l’analyse génétique n’a pas seulement montré que [la thèse de Sand] est fausse, mais a aussi démontré que les gènes des juifs modernes remontent à un peuple originaire du Moyen-Orient (Judée) ».
Ayant cependant pris goût à cette nourriture, les antisionistes en redemandèrent, et le radicalisé offrit aux crocodiles « Comment la terre d’Israël fut inventée ».
Mais ça ne suffisait toujours pas !
Les antisionistes perdaient du terrain, ils lassaient, et les gens commençaient à trouver la ficelle un peu grosse. Le cercle des antisionistes disparus transpirait à grosses gouttes : Israël, malgré les appels au boycott, affichait une santé économique insolente, et ses exportations, loin d’être affectées par les activistes, progressaient.
Pire, la gauche israélienne était sous poumon artificiel, les médias de gauche faisaient faillite, et l’extrême gauche de Shlomo Sand était rejetée à sa gauche par les activistes Palestiniens qui reprochaient– à juste raison– à ces sales juifs d’engloutir et instrumentaliser la cause palestinienne dans le combat antisioniste israélien.
Alors Shlomo Sand jeta l’éponge et commit l’irréparable. Il publia son éloge funèbre : « Comment j’ai cessé d’être juif ».
On peut lire, en quatrième de couverture, ce poilant aveu d’une auto détestation illimitée : « Supportant mal que les lois israéliennes m’imposent l’appartenance à une ethnie fictive, supportant encore plus mal d’apparaître au reste du monde comme membre d’un club d’élus, je souhaite démissionner et cesser de me considérer comme juif ».
Le livre est en librairie, et les Juifs se tordent de rire en contemplant les piles du suicidé diminuer rapidement sous le regard défait des antisionistes qui viennent de perdre leur alibi juif.
Shlomo Sand leur servira encore un temps de poudre à récurer, mais il a déjà rejoint Osborne et son syndrome.
