9 septembre 2025 – Charlotte Moulin
Afrique, Asie, Amérique latine : l’évangélisme se déploie aujourd’hui en dehors de l’Occident, et le nombre de croyants est presque une énigme. Presque.
Bien que leurs méthodes pour définir l’évangélisme et ainsi pouvoir chiffrer le nombre de personnes qui y adhèrent à l’échelle mondiale soient différentes, Jason Mandryk, rédacteur aux éditions Operation World et Gina Zurlo, directrice du centre de statistiques World Christian Database, ont abouti à des constats similaires il y a quelques jours : l’épicentre de ce courant n’est plus en Occident et, de plus, le sens du mot peut être compris de plusieurs manières.
Le 2 septembre, tous deux ont échangé lors du webinaire «Evangelicals – Numbers and Definitions» (Evangéliques – Chiffres et définitions) organisé par l’Alliance évangélique mondiale. L’enregistrement de cette rencontre a été mis en ligne le 5 septembre sur YouTube.
«Blancs, occidentaux, anglophones ne reflètent pas l’image de l’évangélisme dans le monde»
Jason Mandryk a d’une part rappelé que dès les années 1980, les évangéliques étaient déjà majoritaires dans l’hémisphère Sud. D’autre part, aujourd’hui l’évangélisme continue de s’enraciner principalement en Afrique, en Asie et en Amérique latine. «Les stéréotypes qui font la une des journaux – blancs, occidentaux, anglophones, politiquement conservateurs – ne reflètent pas l’image de l’évangélisme dans le monde», a-t-il souligné. «Les évangéliques sont zoulous, chinois, brésiliens, philippins. Et cette diversité est à célébrer.»
Les données présentées par Gina Zurlo confirment cette tendance. Avec une approche plus large de la définition, elle calcule pour sa part que 47% des chrétiens évangéliques habitent sur le continent africain et 26% en Asie, tandis que l’Amérique du Nord n’en regroupe que 11%. Elle a également précisé que le pays où la communauté évangélique la plus nombreuse n’était actuellement plus les Etats-Unis , mais la Chine.
Jason Mandryk et Gina Zurlo arrivent aux mêmes conclusions, mais par des chemins différents. Pour le premier, les quatre marqueurs de ce que l’on peut nommer «évangélisme» sont, chez un chrétien, la confiance dans l’autorité de la Bible (biblicisme), la centralité de la croix (crucicentrisme), l’importance d’une foi vécue comme une nouvelle naissance personnelle (conversionnisme) et un engagement concret, que ce soit par l’évangélisation ou l’action sociale par exemple (activisme).
Alors, combien?
Donc, combien de chrétiens évangéliques dans le monde? Tout dépend de la façon dont on les définit. Dans la vidéo qui retranscrit la discussion, il explique que son équipe applique ces critères pays par pays, en étudiant les confessions, les pratiques et les auto-affiliations, mais aussi en consultant des responsables et chercheurs locaux pour refléter les réalités du terrain.
Selon cette méthode, le monde compterait aujourd’hui plus de 700 millions d’évangéliques. Il note par ailleurs que dans certains contextes, les chrétiens pentecôtistes et charismatiques se confondent avec l’évangélisme alors qu’ailleurs ils s’en distinguent.
De son côté, Gina Zurlo propose un modèle plus sociologique basé sur ce qu’elle nomme «l’évangélisme au sens large». Sa démarche inclut les Eglises officiellement rattachées à des organisations évangéliques, les pentecôtistes et charismatiques et enfin les protestants du Sud, les Eglises noires des Etats-Unis et des mouvements comme les Eglises de maison chinoises ou autres qui ne peuvent pas s’affilier officiellement à une structure.
En additionnant ces trois groupes, son estimation atteint 937 millions d’évangéliques dans le monde, soit près d’un habitant de la planète sur huit.
